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Le français est-il en périls aux jeux olympiques ?

 

Le français va-t-il disparaître des Jeux olympiques? La question mérite d’être posée.

Un grand témoin de la francophonie est chargé de rendre un rapport au Comité international olympique (CIO) sur l’utilisation de cette langue officielle durant chaque édition de ce grand rendez-vous. Longtemps, les conclusions ont été très inquiétantes. Et malgré les recommandations, peu d’améliorations ont été apportées.

L’article 23 de la Charte olympique de Pierre de Coubertin dit que « les langues officielles du Comité international olympique sont le français et l’anglais ». Qui plus est, « en cas de divergence entre le texte français et le texte anglais de la Charte olympique et de tout autre document du CIO, le texte français fera foi, sauf disposition écrite contraire ».

Pourtant, force est de constater que la langue de Molière est en perdition aux Jeux. Très souvent, les documents officiels ne sont pas traduits. Les conférences de presse du CIO sont très souvent faites entièrement en anglais, même quand des francophones du CIO sont présents.

Selon Yvan Coste-Manière, vice-président de l’Association francophone des académies olympiques, le fait d’avoir de grands témoins présents aux Jeux relève le plus souvent de l’alibi plutôt que de la volonté de changer les mentalités.

« Un alibi par définition, c’est quelque chose qui cache et qui témoigne de la mollesse pour ne pas dire de la coupable lâcheté de la force politique en termes de défense de la francophonie, dit-il. Le CIO est en bascule sur ce registre-là et j’ai été témoin de cette dérive, car la place du français est carrément inexistante. Je pense que sa disparition est inéluctable si on se cache derrière le sport business exclusivement.

« L’anglais est devenu la langue du business. J’enseigne en anglais 90 % du temps, mais cela ne m’empêche pas d’être un francophone, un francophile convaincu et plutôt revendicatif. Le CIO aujourd’hui n’a pas forcément la valeur d’exemple qui devrait être la sienne. » – Yvan Coste-Manière, vice-président de l’Association francophone des académies olympiques

Après les Jeux de 1996 à Atlanta, où l’on avait constaté une réelle dérive sur la place du français, on a confié à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) la responsabilité de nommer pour chaque édition des Jeux un grand témoin chargé de faire un état des lieux sur le respect de l’utilisation de la langue française.

Il y a eu en 1998 à Nagano Bernard Cerquiglini, un linguiste émérite. Puis Hervé Bourges, un grand patron de l’audiovisuel français, durant les Jeux d’Athènes en 2004. Son rapport remis au CIO était accablant sur l’absence du français dans la capitale grecque.

Il y a eu en tout huit grands témoins, dont l’ancien premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, l’ancienne gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean, le saxophoniste et chanteur camerounais Manu Dibango et Lise Bissonette, l’ancienne rédactrice en chef du quotidien Le Devoir, durant les Jeux de Turin en 2006. Chaque fois, les rapports font état de l’érosion du français.

Le prochain grand témoin à Tokyo sera Thierry Marx. C’est un chef réputé en France et un fin connaisseur du Japon. C’est aussi quelqu’un qui se préoccupe de la réinsertion sociale. Il a créé des écoles partout en France qui permettent à de jeunes sans-emploi de recevoir une formation dans les métiers de la restauration. Depuis leur création, quelque 3000 jeunes sont retournés au travail et 6 % d’entre eux ont même créé leur entreprise.

« Mon rôle va être de faire un état des lieux de cette francophonie et, dans un deuxième temps, ce qu’on peut faire pour la francophonie pour qu’elle continue à rassembler, a-t-il confié il y a quelques jours à Radio-Canada Sports. Pour que ce soit une langue qui reste une langue vivante, agréable à parler, qui porte un certain nombre de valeurs et dans ces valeurs, qu’elles soient des valeurs de l’artisanat, des valeurs artistiques, des valeurs de connexion et de rassemblement et de fraternité. Il faut montrer que cette langue fait sens pour qu’on puisse la parler dans de bonnes conditions et sur de plus en plus de pays et de continents. »

Un travail de fond

Dans la plupart des rapports des grands témoins, l’inquiétude face à l’érosion du français aux Jeux olympiques est bien réelle. Thierry Marx est effectivement conscient que les choses doivent changer. Il dit ne pas être inquiet pour les Jeux de Tokyo, car connaissant la rigueur japonaise, on devrait respecter la langue de Molière, selon lui. Mais il reconnaît qu’un travail de fond reste à faire.

« Je pense qu’il y a une réalité, des faits constatés, qu’il y a une érosion de la langue française, car effectivement, l’anglais est très présent et est devenu la première des langues dans le monde du business, lance Thierry Marx. Mais la langue française a encore largement sa place et ne doit pas forcement s’imposer, mais on doit dire que c’est une langue qui a du sens, c’est un parler qui a du sens et je crois à la force d’un peuple francophone. »

« Ce ne doit pas être une bataille franco-française, mais bien un rassemblement des peuples francophones qui énoncerait un certain nombre de choses que l’on croit juste sur cette planète. » – Thierry Marx, grand témoin de la francophonie aux Jeux de Tokyo

Le chef français Thierry Marx sera le grand témoin de la francophonie à Tokyo.

Après les Jeux de Tokyo cet été, il y aura les Jeux d’hiver à Pékin en 2022. La Chine, en 2008, à l’occasion de Jeux d’été, aussi à Pékin, n’avait pas brillé quant au respect du français.

Y a-t-il alors un espoir? Oui, selon Yvan Coste-Manière. Il pense que le paquebot olympique doit changer de cap aux Jeux de 2024 à Paris. Sinon, ce serait la catastrophe.

« La France en 2024 doit profiter de la tenue de Jeux qui sont présentés comme étant l’exemple de la cohésion sociale, de l’égalité des chances, de l’aménagement d’un territoire homogène dans la patrie dite des droits de l’Homme, plaide-t-il. De plus, il faut préserver l’héritage de Pierre de Coubertin même si une certaine génération a oublié qui était Coubertin. J’ai dû rappeler à mes élèves qui était Coubertin et je leur ai appris que son cœur avait été enterré à quelques mètres du stade olympique antique à Olympie. Et pour avoir tenu un discours devant la stèle, je peux vous dire que mon émotion était aussi juvénile que lorsque j’ai fini mes premières compétitions, alors soyons vigilant! »

Un proverbe japonais dit : « La bougie ne perd rien de sa lumière en la communiquant à une autre bougie. » Les langues de Molière et de Shakespeare arriveront-elles à briller ensemble à Tokyo?

Robert Frosi 

https://ici.radio-canada.ca/sports/1520529/jeux-olympiques-presence-francais-grand-observateur-francophonie-tokyo


Les Jeux olympiques ont-il encore besoin de la langue française ?

Le français va-t-il céder sa place de langue officielle des Jeux olympiques ? Une question qui revient tous les quatre ans, et qui se fait de plus en plus pressante, comme le rapporte un article de Radio-Canada.

Le français partage avec l’anglais le statut de langue officielle des JO, selon la Charte élaborée par Pierre de Coubertin. Dans les faits pourtant, son statut est de plus en plus contesté. C’est ce qu’explique un article de Radio-Canada.

Il en ressort que la langue de Molière subit la concurrence féroce de l’anglais, voire du japonais. Les documents officiels ne sont plus traduits et les conférences de presse du Comité international olympique (CIO) se tiennent intégralement en anglais, même lorsque des francophones y sont présents. De même, le français à peu à peu disparu de la signalétique, lors de l’événement.

Un enjeu pour toute la francophonie

Après les premières dérives, constatées lors de l’édition 1996 à Atlanta, un grand témoin avait été nommé pour veiller au respect du français comme langue officielle, lors de chaque édition.Thierry Marx, qui tiendra ce rôle au Japon en 2020, fait part de son inquiétude:

«Je pense qu’il y a une érosion de la langue française, car effectivement, l’anglais est très présent, c’est devenu la première des langues dans le monde du business. Mais la langue française a encore largement sa place. On doit dire que c’est une langue qui a du sens.Ce ne doit pas être une bataille franco-française, mais bien un rassemblement des peuples francophones», déclare-t-il à Radio-Canada.

Un manque de volonté politique   

Ivan Coste-Manière, le vice-président de l’Association francophone des académies olympiques dénonce, lui, un manque de fermeté politique sur ces questions.

«La francophonie est aujourd’hui pilotée par la France, mais elle la défend avec mollesse. Au ministère français des Affaires étrangères, rien n’est fait pour défendre la place du français dans le mouvement olympique», explique-t-il au média Francsjeux.

Il affirme d’ailleurs que la nomination d’un grand témoin de la francophonie n’est qu’un «alibi» qui témoigne de la «mollesse, pour ne pas dire de la coupable lâcheté de la force politique».

Paris 2024, une occasion à saisir

La tenue des Jeux olympiques à Paris dans quatre ans pourrait être une occasion de changer de cap. Bien qu’inquiet, Ivan Coste-Manière voit quelques signes positifs dans la façon dont le problème est aujourd’hui abordé:

«Paris 2024 constitue une occasion unique, disons même historique, de remettre la langue française en bonne place au sein du mouvement olympique. Cette occasion ne doit pas être manquée, sinon tout sera perdu. L’équipe de Paris 2024 aborde les choses par le biais de l’héritage. C’est la bonne manière» admet-il.

Paris 2024 pourrait être l’occasion de célébrer «l’héritage de Pierre de Coubertin», trop souvent éclipsé par les logiques du «sport business», conclut-il.

https://fr.sputniknews.com/societe/202002131043062321-les-jeux-olympiques-ont-ils-encore-besoin-de-la-langue-francaise/


Pour le français aux JO, Paris 2024 peut tout changer (Francs jeux.com, le 07/01/2020)

Le sujet n’est pas inédit. Il revient comme un refrain à chaque édition des Jeux, hiver comme été. Le français, langue officielle du CIO, est-il menacé dans l’univers olympique ?

A moins de 200 jours des Jeux de Tokyo 2020, où le japonais et l’anglais devraient une nouvelle fois laisser les miettes à la langue de Pierre de Coubertin, FrancsJeux pose une nouvelle fois la question. Pour y répondre, un expert : Ivan Coste-Manière, le vice-président de l’Association francophone des académies olympiques.

FrancsJeux : La place de la langue française est-elle en recul dans le mouvement olympique international ?

Ivan Coste-Manière : Certainement. Les Jeux de Rio ont constitué sur cette question un véritable coup de semonce. Michaëlle Jean, qui occupait à l’époque le poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), a constaté elle-même en se rendant sur place que le français était très peu présent, notamment pour la signalétique. Les Brésiliens avaient brandi l’argument économique. Le pays a traversé une grave crise, également politique, les organisateurs ont eu du mal à boucler leur budget. Dans un tel contexte, assurer la place du français n’était pas leur priorité.

Au-delà des Jeux de Rio 2016, comment expliquer un tel recul ?

Le français est langue officielle du mouvement olympique. En cas de litige, il domine même l’anglais. Mais maintenir sa présence et son influence aux Jeux passe par une volonté politique forte. La francophonie est aujourd’hui pilotée par la France, mais elle la défend avec mollesse. Bien sûr, il existe des programmes, notamment pour la mise à disposition du comité d’organisation des traducteurs et interprètes francophones. Mais ces programmes restent assez discrets. L’OIF n’est pas seule en cause. Au ministère français des Affaires étrangères, rien n’est fait pour défendre la place du français dans le mouvement olympique.

Cette tendance est-elle inéluctable ?

Je ne crois pas. Je reste optimiste. Aussi longtemps que le mouvement olympique, le CIO en priorité, se montrera respectueux des rites et de l’histoire, le français ne disparaîtra pas. La flamme olympique, l’ordre de passage des délégations à la cérémonie d’ouverture, sont autant de rites hérités de Pierre de Coubertin. Maintenir tout cela aux Jeux n’est pas incompatible avec l’évolution du mouvement sportif international vers une approche toujours plus commerciale. Le business à l’américaine et les rites à la française peuvent parfaitement cohabiter.

Est-il vraiment très important de maintenir le français aux Jeux ?

Au-delà du seul cas de la langue français, il est très important de maintenir le plurilinguisme dans le mouvement olympique. Dans le cas contraire, nous basculerions vers une pensée unique, incarnée par une langue unique, l’anglais. Le plurilinguisme doit être défendu, sinon il sera difficile de faire cohabiter une mixité de points de vue et de cultures dans l’univers olympique.

Le CIO y contribue-t-il ?

Au CIO, l’élection de l’Américain Avery Brundage au début des années 50 a amorcé une bascule. Depuis, l’institution s’est américanisée à la vitesse de la lumière. Plus tard, les Jeux d’Atlanta en 1996 ont encore accentué le phénomène. Mais la francophonie n’est pas absente au CIO, loin de là. La Marocaine Nawal El Moutawakel, qui en a été vice-présidente (et vient de réintégrer la commission exécutive, ndlr), incarne actuellement l’influence francophone au sein de l’institution. Le CIO possède tout le poids et les moyens pour maintenir cette pluralité. Mais la présence concrète de la langue française aux Jeux est surtout une affaire de négociation avec le comité d’organisation. Assurer la place du français fait partie de son cahier des charges, mais dans les faits cela reste un rapport de forces.

Dans l’espace francophone, certains pays se distinguent-ils par leurs initiatives pour défendre la place du français au sein du mouvement olympique ?

J’en citerai trois, tous africains : le Cameroun, le Sénégal et le Togo. Leurs moyens sont réduits, mais leurs académies olympiques se révèlent très actives. Au Togo, notamment, les actions et les initiatives pour parler des valeurs de Coubertin sont quasiment hebdomadaires.

Les Jeux de Paris 2024 pourront-ils inverser la tendance ?

Je le crois. Paris 2024 constitue une occasion unique, disons même historique, de remettre la langue française en bonne place au sein du mouvement olympique. Cette occasion ne doit pas être manquée, sinon tout sera perdu. Mais j’ai le sentiment que le COJO fait ce qu’il faut. L’équipe de Paris 2024 aborde les choses par le biais de l’héritage. C’est la bonne manière. Les valeurs de l’olympisme sont enseignées à l’école, ce qui constitue un vrai progrès. Dans le même temps, le délégué interministériel, Jean Castex, travaille avec l’Education Nationale. Jusque-là, la démarche me semble aller dans le bon sens. Elle s’inscrit dans la ligne directrice du programme d’héritage des Jeux de 2024.

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La 15ème session internationale pour présidents ou directeurs des académies nationales olympiques à eu lieu la semaine dernière, du 13 mai au 7 mai 2019 à Olympie en Grèce. 

Pour retrouvez certaines des présentations faites lors de cette session, veuillez vous rendre ici.

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Depuis le 18 novembre 2017, Monsieur Arnaud RICHARD est devenu le nouveau président de l’ANOF.

Monsieur Dominique PARET, trésorier de l’ANOF, et chargé de mission francophonie à l’ANOF et secrétaire général adjoint de l’AFAO.

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